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1er mai 1936
Rares images du rassemblement du 1er mai 1936 à la clairière de Reuilly (1er mai 1936 ; anonyme, 1936)

L’irxxxxxxxxx

Dans l’immédiate après Seconde Guerre mondiale, on observe une entrée massive des femmes sur le marché de l'emploi ainsi qu’une plus grande visibilité du salariat féminin. Entre 1968 et 1975, les femmes contribuent pour les trois quarts à l’augmentation du nombre d’actifs. Selon les chiffres de l’INSEE, en 1962, elles sont 6,7 millions actives, en 1975, 8,1 et 9,6 millions en 1982.  
Les femmes ouvrières évoluent au sein de secteurs industriels diversifiés, des branches traditionnellement féminines, l’habillement, aux industries de consommation en plein essor, la chimie, l’électromécanique et les biens d’équipement entre autres.
Ces dernières subissent la division sexuée verticale et horizontale du travail, caractéristiques des usines féminines : des cadences élevées, des séquences de travail très courtes ainsi que des gestes répétitifs et très parcellisés. La ségrégation verticale des emplois habituellement rencontrée dans les usines féminines se manifeste par l’absence d’évolution salariale pour ces femmes. Au nom de la naturalisation des savoirs-faire dits « féminins », leurs compétences ne sont pas reconnues à la fois en termes de qualification et de rémunération. Les postes de techniciens et d’encadrement sont généralement réservés aux hommes.
Selon une étude de l’INSEE en 1968, on dénombre 23% de femmes dans la catégorie OS, pourcentage qui atteint 28% en 1975. A l’inverse, elles sont de moins en moins nombreuses à occuper un poste ouvrier qualifié puisqu’elles ne représentent plus que 15% en 1975 quand elles étaient encore 20% en 1968. Si les femmes connaissent ce phénomène d’entonnoir inversé, les hommes, eux, assoient leur position aux échelons supérieurs qualifiés et/ou d’encadrement. L’organisation du travail contribue ainsi à la violence symbolique de leurs conditions. 

1er mai 1948, chemin de la liberté : film de l’Union des Syndicats de la Région Parisienne

Alors que la barre du million de chômeurs est atteinte en 1975, les sorties d’emploi féminines, ouvrières particulièrement, alimentent ce mouvement de massification du chômage. La progression est fulgurante pour le chômage des ouvrières, dont le taux a triplé ; de 6% à 19% au cours de la décennie. Avec l’irruption de la crise et la dégradation de la situation de l’emploi, les femmes sont les premières cibles, parce que leur emploi est encore considéré comme secondaire ou d’appoint. Ainsi, l’emploi féminin constitue une variable d’ajustement aux yeux des acteurs politiques, banalisant le chômage féminin. 
A partir de 1983, le ministère des Droits de la femme structure une campagne contre le chômage autour de la loi d’égalité professionnelle. Il promeut notamment, un accès facilité des femmes, et en particulier des ouvrières, à des formations qualifiantes. En effet, leur formation scolaire et continue ne les prépare pas aux évolutions technologiques de leur outil de travail. Faute de pouvoir s’adapter, elles sont écartées de leur ancien poste de travail et ne peuvent prétendre à être embauchées sur des postes qualifiés de type maintenance ou technique. 

1er mai 1948
Un groupe de grévistes rédige un bulletin (1er mai 1948, Chemin de la liberté ; Maurice Théry, 1948)

1er mai 1948 - Gravure
Gravure montrant des enfants au travail dans la mine (1er mai 1948, Chemin de la liberté ; Maurice Théry, 1948)

Devant la crainte de voir son emploi supprimé, les réactions de résistance ne relèvent pas de l’évidence. On observe un large éventail de comportements chez les ouvrières, oscillant entre résistance et résignation. Les modalités de désindustrialisation influencent de fait les réactions ouvrières. Si certaines disparitions d’usines bénéficient d’une résonance médiatique à l’image des conflits menés par les ouvrières de chez Grandin et Sonolor en Seine-Saint-Denis, d’autres sites périclitent à bas bruits comme les établissements Norton à La Courneuve ou Kréma à Montreuil par exemple. Ces luttes qui accompagnent les fermetures médiatisées surviennent dans la deuxième moitié des années 1970 et au tournant des années 1980. Ce sont des luttes défensives pour l’emploi au cours desquelles le recours aux actions violentes et radicales sont courantes, telles que l’occupation et la séquestration des dirigeants. 
La quête de visibilité pour les conflits féminins contribue au choix des démonstrations qui se veulent spectaculaires afin de rompre l’isolement dont ces femmes auraient pu souffrir et écarter le risque de banalisation de leur cause. 

Une journée internationale

C’est dans cette configuration exceptionnelle, la crainte de la perte de l’emploi et la perspective d’une mise au chômage, que nait un engagement féminin chez des ouvrières. Il arrive que des ouvrières sautent le pas face à l’urgence qu’impose la fermeture de l’usine, à l’image de grévistes de chez Grandin.  
Le militantisme institué et quotidien, limité à l’enceinte de l’usine et encadré par la section syndicale, rencontre de nombreux obstacles. Marie Buscatto a identifié un ensemble d’éléments éloignant les femmes des postes à responsabilité dans les structures fédérales et confédérales. Ces mécanismes mettent systématiquement en jeu la disponibilité des personnes engagées en dehors du contexte usinier. Le militantisme requière du temps, un temps que les ouvrières n’ont pas puisqu’elles sont déjà contraintes par le temps domestique et le temps professionnel à l’usine. Si la lutte produit parfois des bouleversements intimes : oser s’affranchir de la tutelle masculine, l’engagement des ouvrières évoluent différemment entre celles qui entrent dans le militantisme à l’occasion de la lutte contre la fermeture de leur usine, et celles qui possèdent une expérience de longue durée et présentent un parcours militant solide. 
L’éclatement du collectif advient généralement à la fin des luttes sociales, et parfois même, durant le conflit. 

1er mai 1951 Londres
Deux manifestants affichent une pancarte depuis la fenêtre d'un bus (Défilé du 1er mai 1951 à Londres ; anonyme, 1951)

1. Contrairement aux souvenirs évoqués par de nombreux militants, le premier mai 1936 n’a donné lieu qu’à un petit rassemblement dans le bois de Vincennes aux fins d’éviter toute provocation à la veille des élections. 
2.  Série d’entretiens audio menés par Jacques Lemare dans les années 1970 et conservés par Ciné-Archives.
3.  Le rassemblement ouvrier, 6 mai 1948.

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