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Manifestation de femmes
Sur cette pancarte de 1947, la femme est dans cet ordre : mère de famille, travailleuse, citoyenne - reprenant les mots d'ordre du 2è Congrès de l'UFF

Unir au-delà du syndicat : de l’usine au foyer 

Dès l’entre-deux-guerres, le mouvement communiste entend recruter et fédérer parmi les femmes éloignées de la sphère militante et partisane traditionnelle. Pour ce faire, il essaie de mobiliser les femmes sur plusieurs terrains en dehors du lieu de travail, notamment par le biais d’organisations satellites féminines.

Ces tentatives de mobilisation des femmes hors des mondes du travail, souvent comprises comme les ménagères (c’est-à-dire les femmes sans profession ou au foyer), sont appuyées par une rhétorique familialiste, qui valorise et essentialise l’identité maritale et maternelle des femmes communistes, présente dans le discours communiste depuis le milieu des années 1930. 

Dans La Vie est à nous réalisé par Jean Renoir en 1936, Martha Desrumaux s’exprime au nom des mères de famille et s’exclame : « Rassemblez-vous pour sauver votre foyer en sauvant la paix ! ». Dans l’après Seconde Guerre Mondiale, cette thématique s’inscrit dans un souci de repeuplement du pays et de lutte antimilitariste, appréhendée comme une qualité intrinsèquement féminine. Dans le film consacré au deuxième congrès de l’Union des Femmes Françaises en 1946, Eugénie Cotton, présidente de cette organisation de masse, fait une déclaration dans cet esprit : « ce sont pour leurs enfants, pour leurs foyers, pour les enfants de toute la Terre, que travaillent, que vibrent, que luttent ces 2500 déléguées ». Comme le souligne Sandra Fayolle, politiste, ces revendications familialistes sont aussi un moyen d’amener des femmes éloignées des espaces partisans et syndicaux.

Anticolonialisme et pacifisme au sein des organisations de femmes

Les organisations communistes féminines regroupent aussi des modalités d’action pacifistes. De telles modalités sont présentes dans l’entre-deux-guerres, portées par des organisations satellites comme l’Union des femmes contre la guerre impérialiste entre 1927 et 1934, ou encore le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, organisation de masse créée en 1934. Elles s’inscrivent dans la continuité d’une division sexuée traditionnelle du travail militant. Si le combat anticolonial fait partie des luttes et des revendications portées par les organisations satellites féminines dans l’avant-guerre, il est directement indexé au répertoire d’action mobilisé par les femmes communistes après 1945.

Ce combat anticolonial s’inscrit dans une perspective internationale et il est par ailleurs porté par la Fédération démocratique internationale des femmes, organisation créée en 1945 dont la première présidente est Eugénie Cotton. Le film sur le Congrès international des femmes de Moscou de 1946, réalisé par Esther Choub, met en scène une session de travail de la Fédération démocratique internationale des femmes en URSS. À des images rappelant la doctrine familialiste communiste (les militantes sont mises en scène visitant une crèche) sont mêlées des interventions de militantes évoquant le combat anticolonial : Vivian Mason, secrétaire du National Council of Negro Women et militante pour les droits civiques dans les Etats-Unis de la ségrégation, s’exprime sur le sort des femmes dans les colonies et dans les minorités nationales. La dimension antifasciste est également incarnée par Dolores Ibarruri, qui propose une campagne de boycott de la dictature de Franco en Espagne.

Image d'une manifestation de membres du comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme
L'internationalisme et le pacifisme sont des domaines d'action spécifiques des femmes depuis les années 1920

Des jeunes filles portent un portrait de Danielle Casanova
De jeunes militantes arborent un portrait de Danielle Casanova lors du défilé du 1er mai 1951

Eriger des modèles 

Pour fédérer parmi les femmes, le mouvement communiste s’appuie sur des figures et des symboles. Dans l’entre-deux-guerres, il mobilise les figures de communardes comme Louise Michel, ou de femmes communistes fusillées pour leur engagement comme Jeanne Labourbe et Rosa Luxembourg. Dans l’après-guerre, il met notamment en avant le rôle des femmes communistes dans la résistance comme Marie-Claude Vaillant-Couturier, Bertie Albrecht, Lise Ricol et Danielle Casanova.

La figure de cette dernière, fondatrice de l’Union des Jeunes Filles de France en 1935, résistante et morte en déportation le 9 mai 1943 à Auschwitz, est régulièrement mobilisée. En témoigne le film du défilé du 1er mai 1951, lors duquel les membres du Comité National des Jeunes Filles de France défilent derrière son portrait. Cette filiation permet aux organisations féminines communistes de s’inscrire dans le discours d’après-guerre qui présente le mouvement communiste et l’ensemble de ses composantes comme le chantre de la Résistance. La figure de Danielle Casanova permet par ailleurs d’instituer des moments de célébration, notamment pour la commémoration de sa mort. Ainsi, entre 1946 et 1958, les militantes de l’Union des femmes françaises et de l’Union des jeunes filles de France se réunissent à Paris pour se rendre en cortège vers la place des Pyramides afin de rendre hommage à Jeanne d’Arc, associée ici à la résistante. D’autres figures, comme celles de Mai Politzer, Yvette Feuillet ou Rosa Blanc, résistantes ayant également péri pendant le conflit, sont aussi célébrées. 

De militantes à votantes : électrices et élues

Dans l’entre-deux-guerres, le mouvement communiste lutte pour l’obtention du suffrage féminin et profite d'une faille juridique pour présenter des candidates sur ses listes aux élections municipales de 1925, principalement en banlieue parisienne, ce qui aboutit à l'élection d'une dizaine de conseillères municipales, une première en France.  Parmi ces élues, citons Marthe Tesson à Bobigny, Marie Chaix à Saint-Denis, Marguerite Chapon à Villejuif, Augustine Variot à Malakoff, Emilie Joly à Saint-Pierre des Corps, Joséphine Pencalet à Douarnenez. Leur élection sera invalidée et elles ne siègeront que quelques mois.

Dans l’après-guerre, les femmes sont enfin électrices (depuis 1944) et ont accès à des mandats électoraux. Se pose dès lors la question de leur inscription et de leur place politique dans les territoires communistes, notamment la « banlieue rouge ». Certaines femmes communistes accèdent au poste de maire : on peut citer notamment Marie Roche, première femme maire de France, élue dans la ville de Lisses en Essonne entre 1945 et 1947, Jacqueline Chonavel, maire de Bagnolet entre 1959 et 1986, ou encore Janine Jambu à Bagneux entre 1985 et 2004.

Les femmes sont également impliquées à d'autres niveaux dans la gestion des banlieues et des villes rouges. En atteste le film Vitry, cité laborieuse en 1947 : affectées à des tâches de soin, elles sont employées par la municipalité au sein des dispensaires, maisons de l’enfance, colonies de vacances, ou encore dans les maternités. À la fin des années 60 et au début des années 70, les femmes sont en outre mobilisées dans l'organisation d'activité de loisirs et de travaux de couture au sein des maisons de quartier, comme le montre le film Mieux vivre à Bagnolet - le débat est ouvert. Ce film souligne aussi le rôle du personnel municipal féminin en soutien aux politiques culturelles municipales. 

Des élues communistes défilent dans Paris en 1947
Des élues communistes défilent dans Paris. Le vote des femmes a été prévu par l'ordonnance du 21 avril 1944 : « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Elles ont voté pour la première fois à l'occasion des municipales du 29 avril 1945. Le 21 octobre 1945, 33 femmes sont élues membres de l'Assemblée nationale constituante, dont 17 communistes.

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