Femmes militantes
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- Femmes et communisme : luttes ouvrières, figures militantes et mobilisations familiales
Ce parcours a été rédigé par
Fanny Gallot, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, autrice de En découdre : comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société, Paris, La Découverte, 2015 et Mobilisées : une histoire féministe des contestations populaires, Paris, Éditions du Seuil, 2024
Louise Bur-Palmieri, qui prépare une thèse intitulée « Les femmes, le parti et le syndicat. Une histoire de genre, de classe et de dominations des années 1920 à la Libération » sous la direction d’Emmanuel Bellanger et de Julian Mischi
Amandine Tabutaud, docteure en histoire contemporaine, autrice de la thèse « Les genres à l’épreuve de la désindustrialisation : ouvrières de Seine-Saint-Denis et de Haute-Vienne (années 1950-2000)» sous la direction de Nicolas Hatzfeld.
Avant-propos : Ce parcours présente la filmographie conservée par Ciné-Archives concernant les femmes. Celle-ci a trait majoritairement aux espaces d'engagement des femmes au sein du parti communiste, du syndicat ou des organisations de masse spécifiques aux femmes, comme l'Union des Femmes Françaises. Il y est question des rôles qu'elles y tiennent et de leur mobilisation dans des domaines particuliers, comme le pacifisme et le soin, notamment à destination de l'enfance. Ce corpus accorde également une place importante aux inégalités dans la sphère du travail, particulièrement à partir du tournant 1970, puisque la désindustrialisation touche de plein fouet les emplois précaires, subalternes et peu qualifiés, occupés majoritairement par les travailleurs immigrés et par les femmes. A contrario, certains sujets majeurs sont absents de ces films, comme la lutte pour le droit à la contraception ou l'avortement. La rubrique Ressources documentaires propose des ponts vers une sélection de films conservés par d'autres institutions, qui livrent une autre vision des luttes des femmes, notamment à partir des années 1970. La section Repères chronologiques en constitue un complément utile.
Des travailleuses en lutte
L’histoire sociale a longtemps sous-estimé la participation des femmes aux mobilisations collectives, comme si leur présence dans les luttes ouvrières constituait une exception. En réalité, les femmes ont toujours participé aux conflits du travail, même si leur rôle a été largement invisibilisé dans les récits militants et historiographiques. Les films rassemblés dans ce parcours révèlent à la fois leur présence permanente et leur secondarisation, comme le montrent bien les films sur les grèves du Front populaire en 1936. Ce phénomène dure au moins jusqu’aux années 1970, où les luttes des femmes au travail sont davantage visibilisées, via la CGT.
Les revendications portées par ces mobilisations mettent fréquemment en avant les conditions de travail des femmes. Dans de nombreux secteurs d’activité, les compétences des femmes sont essentialisées : leur habileté ou leur minutie sont présentées comme des qualités « naturelles » et non comme des qualifications acquises. Ce processus contribue à déqualifier leur travail et à justifier des salaires plus faibles. Les luttes de femmes visent ainsi souvent à remettre en cause cette naturalisation des compétences, en revendiquant la reconnaissance professionnelle et l’égalité salariale, même si ces enjeux ne sont pas toujours explicitement évoqués. Au fil des décennies, un nouvel enjeu émerge dans les films : la mobilisation contre les fermetures d’usines.
Ces mobilisations s’inscrivent dans le répertoire d’action classique du mouvement ouvrier (manifestations, occupations d’usines, négociations) mais elles sont aussi marquées par l’imbrication constante entre travail productif et travail domestique. Dans les occupations d’usines ou les longues grèves, les femmes organisent collectivement la garde des enfants ou la préparation des repas, transformant les lieux de travail en espaces de vie collective.
Si les travailleuses en lutte ne se revendiquent pas explicitement du féminisme — souvent perçu comme bourgeois ou comme une source de division au sein de la classe ouvrière — leurs pratiques contestent néanmoins concrètement les rapports de domination qui structurent le monde du travail.
Mettre en avant des figures communistes d’hier ou d’aujourd’hui
Au-delà des luttes collectives, le mouvement communiste a également contribué à construire une mémoire militante féminine en mettant en avant certaines figures emblématiques. Ces figures jouent un rôle important dans la diffusion de modèles d’engagement et dans l’inscription des femmes dans l’histoire politique du mouvement.
La Résistance constitue un moment central dans la construction de cette mémoire. Des militantes comme Danielle Casanova ou Marie-Claude Vaillant-Couturier sont élevées au rang de figures héroïques incarnant à la fois l’engagement antifasciste et la participation des femmes à la lutte politique.
Dans l’après-guerre et durant la guerre froide, cette mise en avant de figures de femmes s’inscrit dans un contexte marqué par les luttes pacifistes, anticoloniales et internationalistes. Des militantes comme Angela Davis deviennent ainsi des symboles internationaux de résistance aux oppressions raciales et politiques. De même, des figures historiques comme Dolores Ibarruri, la « Pasionaria », incarnent l’internationalisme communiste et la lutte contre le franquisme.
Des dirigeantes syndicales et politiques, à l’image de Jeannette Vermeersch, ont également la parole pour rendre compte des enjeux stratégiques de l’intervention auprès des femmes, qu’elles soient salariées ou non. Dans la première moitié des années 1970, Louisette Blanquart revient ainsi sur la manière dont les revendications des femmes et les revendications de classe ont été articulées avant que ne se déploie le mouvement féministe.
Cependant, cette valorisation de figures héroïques ne doit pas masquer la place souvent marginale occupée par les femmes dans les structures politiques, bien que le Parti communiste veille à mettre en avant des figures de femmes élues, comme des sénatrices, par exemple. Dans cette organisation politique comme dans les autres, si les femmes sont relativement nombreuses parmi les militantes, elles restent sous-représentées dans les instances dirigeantes et se voient souvent assignées à des secteurs considérés comme féminins, notamment les questions sociales, éducatives ou familiales. Cette division sexuée du travail militant reflète les normes de genre qui traversent la société et se reproduisent au sein des organisations politiques.
Les trajectoires militantes féminines témoignent également des tensions entre engagement politique et contraintes domestiques. L’articulation entre travail, militantisme et responsabilités familiales constitue un enjeu central pour de nombreuses militantes, qui peinent à concilier les trois, tout en soulignant l’importance des solidarités militantes dans la construction de ces engagements.
Entraîner les mères de famille dans le combat communiste
Si le mouvement communiste cherche à mobiliser les femmes dans le monde du travail, il s’efforce également de les intégrer dans la lutte politique en dehors de celui-ci. Dès l’entre-deux-guerres, et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, les partis communistes développent des organisations destinées à mobiliser les femmes des classes populaires, notamment les ménagères et les mères de famille.
Ces organisations féminines, comme l’Union des Femmes Françaises (UFF) créée en 1944, jouent un rôle de médiation entre le parti et la société. Elles constituent des espaces de socialisation politique où se rencontrent militantes communistes et femmes non engagées, contribuant ainsi à diffuser les valeurs et les références du mouvement communiste dans des milieux plus larges.
La stratégie de mobilisation repose largement sur une rhétorique familialiste. Les femmes sont interpellées en tant que mères, épouses ou gardiennes du foyer, et leur engagement est présenté comme une extension de leurs responsabilités familiales. Cette rhétorique permet de légitimer leur participation politique tout en s’inscrivant dans les normes sociales dominantes. Les organisations féminines mobilisent ainsi des domaines d'action — pacifisme, protection des enfants, défense du foyer — susceptibles d’attirer un public féminin souvent éloigné de la politique partisane.
Les formes d’action développées par ces organisations sont étroitement liées à la vie quotidienne (campagnes contre la vie chère) ou à des engagements internationalistes : mobilisation pour la paix, solidarité avec les peuples colonisés ou participation à des réseaux internationaux de femmes. Ces mobilisations contribuent à politiser des enjeux domestiques et à transformer des préoccupations quotidiennes en revendications collectives. Cependant, cette stratégie de mobilisation repose aussi sur une conception essentialisée de la féminité qui tend à assigner les femmes à des rôles spécifiques au sein du mouvement. Les organisations communistes de femmes valorisent souvent des qualités supposées féminines (sensibilité, solidarité, capacité de soin) qui contribuent à reproduire une division sexuée du travail militant.
Ces espaces non mixtes, s'ils relèvent moins d’un choix stratégique initial que d'une conséquence de la relégation des femmes, constituent des lieux d’apprentissage politique et de solidarité entre femmes. Ils permettent à certaines d'entre elles d'acquérir une expérience militante et de développer une conscience politique qui pourra, dans certains cas, nourrir des engagements féministes ultérieurs.














