FETE DE L'ENFANCE A GENNEVILLIERS

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- Réalisateur.ice.sAlbert MOURLAN
- Année(s)1938 précisément
- Lieu(x)Gennevilliers (92)
- Durée00:05:00
- ColorationNoir & Blanc
- FormatFilm 35 mm
- SonMuet
- CollectionAlbert MOURLAN
Fête organisée à Gennevilliers en mai 1938 en faveur de l’enfance. Ce film tardif dans la production d’Albert Mourlan pour les municipalités ouvrières est un concentré de la culture du Front populaire, qui mêle héritages anciens (défilés de chars décorés, costumes de carnaval, rosière), politique volontariste en faveur des loisirs et bouillon de culture rouge.
Gennevilliers, conquise en 1934 par le parti communiste, est un bon exemple du rôle qu’ont pu avoir les municipalités ouvrières comme fers de lance de cette politique culturelle nouvelle, particulièrement poussée en direction de l’enfance. L’identité industrielle de la ville transparaît à de nombreuses reprises dans le film, avec une forte prévalence de la métallurgie parmi les chars (CGT Métaux, femmes métallurgistes et Carbone-Lorraine).
Le film s’ouvre sur le défilé d’une fanfare, qui précède les chars. Si quelques uns de ces chars n’ont pas de tonalité politique particulière et montrent assez classiquement des guirlandes en papier crépon et des enfants déguisés en Pierrot, la plupart portent des messages explicites : le char du Centre des loisirs CSOG “V’là les loisirs” met en avant la cuisine, les langues, la musique, les échecs, le ping pong ; thématique rarement abordée dans les films, un char est consacré à la lutte contre l’enfermement des mineurs, représentant le bagne d’enfants d’Eysses : “Eduquons-les au lieu de les maltraiter”. De l’autre côté, il porte l’inscription “A bas les Bastilles d’enfants”.
L’internationalisme figure en bonne place : un char est consacré à la guerre d’Espagne, avec une inscription “Sauvons-les” (Jean Grandel, maire de Gennevilliers, était très impliqué dans l’aide à l’Espagne en lutte et volontaire dans les Brigades Internationales), un médaillon honorant le combat des brigades “1936-1937 - Voluntarios internacionales de la libertad” et une affiche montrant un soldat, une mère et son enfant intitulée “Un devoir : aider”. Les drapeaux tricolores sur ce char sont vraisemblablement aux couleurs de la République espagnole.
Le char suivant, celui du groupe des femmes métallurgistes d’Asnières, exige la création de crèches dans les usines. Un énorme char fleuri de la CGT est orné d’une banderole “Les longues journées de travail, les bas salaires, avaient engendré le taudis, Les 40 heures, les lois sociales, ont apporté l’école, l’apprentissage, la famille heureuse”. Les dessins qui ornent son flan mettent en avant l’aviation populaire, le football, la course et la mer, surmonté d’enfants en costume de cuisiniers.
Viennent ensuite les blanchisseuses du Ritz, sur leur char tiré par un cheval, un char CGT Carbone Lorraine, et trois jeunes filles que l’on imagine être la Rosière et ses dauphines.
L’Union des syndicats annonce sa loterie qui permet de gagner une voiture : “Avec 1 franc vous tentez votre chance et payer (sic) vingt sous de soleil pour un enfant de chômeurs”.
Le char suivant met en avant les colonies de vacances et notamment le “château du bonheur” à Granville, acquis par la municipalité de Gennevilliers pour envoyer les enfants, filmé en 1936 par Albert Mourlan. De grandes lettres dessinent les mots Joie et Bonheur.
En fin de cortège, un char dédié à l’Union soviétique, un autre au journal l’humanité, puis le défilé des anciens combattants de l’ARAC précèdent un char rendant hommage à Paul Vaillant-Couturier, décédé en octobre 1937. SI les conquêtes sont célébrées, les chars insistent sur ce qui reste à gagner, et notamment la retraite pour les vieux travailleurs. Néanmoins, malgré sa date tardive (en mai 1938, le rapport de force est en train de devenir très défavorable à l’Espagne républicaine, et en France, Daladier vient d’arriver au pouvoir, avec la volonté de pouvoir revenir sur les 40h gagnées en 1936 et repasser à 48h dans les industries d’armement), le film est porteur d’une atmosphère joyeuse qui évoque davantage 1936 que le crépuscule du Front populaire.
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L’hebdomadaire Regards en livre ce compte-rendu le 19 mai 1938 : “Dimanche dernier eut lieu à Gennevilliers une grande fête de l’Enfance qui débuta dès le samedi soir par une retraite au flambeau et un bal, et continua, le lendemain, par un grand défilé de chars fleuris. Malgré le temps incertain et les averses, plus de 6000 personnes ont acclamé le défilé des chars et les beaux enfants. Voici, sur notre photo, le char des jeunes filles de France, avec ses mots joyeux : “Vive la vie, vive la joie !”, et celui de la crèche à l’usine, revendication des femmes travailleuses avec ses trois berceaux, ses nouveau-nés, et ses petits enfants sous la garde des nurses. Mme Eliane Brault, secrétaire générale du Comité supérieur de la Protection de l’Enfance au Ministère de la Santé Publique, qui présidait, a remercié chaleureusement les organisations pour le dévouement apporté à cette belle fête en faveur de l’enfance malheureuse.”
Lieux de consultation : Ciné-Archives, CNC














